Edito 2017

DA plage 1A l’occasion du 13e Festival Musiques au Pays de Pierre Loti, nous avons souhaité que la nouvelle édition participe aux commémorations du Centenaire de la Première Guerre  Mondiale, et ainsi rendre hommage à l’engagement de Pierre Loti(1) et plus largement, aux artistes mobilisés, emprisonnés, déportés au cours des deux dernières guerres mondiales et des conflits qui ont secoué le monde.

Confrontés à des situations extrêmes de violence ou d’enfermement, musiciens et poètes ont transcendé leur art pour surmonter les épreuves et ont livré des chefs d’œuvre qui forment la trame de la programmation.

Chaque concert du Festival témoigne de l’Histoire à travers le prisme de grands artistes qui ont parcouru le temps avec l’art comme meilleure arme contre la violence et la barbarie et ont délivré un message universel d’espoir et de paix. Pour raconter ces fragments de vie tous aussi singuliers, le programme aborde une large diversité de genres musicaux qui met en lumière des œuvres aux atmosphères contrastées.

Nous traverserons des formes alliant textes et musiques qui font la spécificité de notre Festival, que ce soit avec le mélodrame L’Histoire du Soldat dans lequel les voix du Diable, du Soldat et du Narrateur imaginées par Ramuz se mêlent à la musique de Stravinsky ou bien dans le concert lecture Le violoncelle de guerre qui permet de découvrir la correspondance poignante de Maurice Maréchal accompagnée de la voix retrouvée du Poilu, instrument de fortune fabriqué dans les tranchées à partir de caisses de munitions.

Nous accueillerons deux concerts de musique de chambre présentant des œuvres nées sous des cieux hostiles avec le Quatuor pour la fin du temps composé par Messiaen en détention dans le Stalag VIII A de Görlitz et le Trio à cordes de Gideon Klein, ultime composition achevée quelques jours avant sa déportation à Auschwitz. En réponse à cela, la sérénité et le message de quiétude délivré par Bach dans ses Variations Goldberg, l’élégance et le raffinement de Ravel dans son Trio avec piano et Le Tombeau de Couperin, composés tout au long de la Grande Guerre, ou bien la lumière radieuse d’un programme de musique sacrée autour du Requiem de Fauré et du Pie Jesu, dicté en 1918 par Lili Boulanger sur son lit de mort à sa sœur Nadia, sont autant de tableaux musicaux traités en clair-obscur à découvrir au cours de cette semaine.

C’est dans un climat de joie et de fête d’après-guerre que cette édition se conclura par un concert symphonique avec des œuvres composées pendant les Années folles et marquées par l’influence du jazz dans le classique. Un contexte social qui nous amène à côtoyer un genre musical passant de Théodore Dubois, Maurice Ravel à George Gershwin.

Pour défendre avec ardeur ce répertoire exceptionnel, nous accueillerons des solistes et des ensembles prestigieux comme Emmanuelle Bertrand, Didier Sandre, François Dumont et le Trio Elégiaque, Norma Nahoun, Victor Sicard et Thomas Palmer. Le Festival réunira les forces artistiques de la Région avec la participation de musiciens de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine, du Grand Chœur de l’Abbaye aux Dames de Saintes, de l’Orchestre Poitou-Charentes, de l’Ensemble Osmose et de la Philharmonique Oléronaise consolidant ainsi son ancrage dans le territoire tout en gardant l’esprit inaltérable d’ouverture à l’international avec l’invitation du jeune artiste turc le pianiste Güray Basol. Un concert qui se déroulera dans la maison où repose Pierre Loti.

Le Festival, c’est aussi un nouveau lieu de rassemblement autour de la Boutique de Poésie Paul Coban à Saint-Pierre d’Oléron où chaque jour le public se verra offrir un poème ou un texte d’auteur (Loti, Apollinaire, Aragon, Eluard, Coban, Nazim Hikmet…). Chaque poème conduira le public à une déambulation musicale en lien avec la programmation.

L’accessibilité à l’art pour tous nous anime depuis l’origine du Festival par l’accompagnement des publics grâce à de nombreuses actions pédagogiques et sociales. Convaincu que la culture est un bien précieux et nécessaire, elle trouve un écho dans la citation attribuée à Winston Churchill.

Lorsque le parlement britannique aurait exigé que les subventions aux arts et à la culture soient plutôt versées à l’effort de guerre, Churchill aurait répondu : « Mais alors, pourquoi nous battons-nous ? ».

Julien Masmondet, directeur artistique

(1) Les voyages de Pierre Loti lui ont inspirés des récits qui relatent les conflits d’un monde en constante agitation avec notamment, Turquie agonisante (Éditions Calmann-Levy, 1913), La Hyène enragée (Éditions BnF-Hachette Livre, 1916), un ouvrage qui véhicule la propagande officielle soutenant la cause des Alliés. Quelques aspects du vertige mondial (Éditions Flammarion, 1917), L’Horreur allemande et Les Massacres d’Arménie (Éditions Calmann-Lévy, 1918), un court intermède de charme au milieu de l’horreur ou encore, avec Soldats Bleus-Journal intime 1914-1918 (Éditions 1998, Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier, Collection La petite vermillon n° 389), est l’un de ces derniers documents au service de l’Histoire.